HDS.mag julllet-août 2013 - page 48


|
HDS.
mag
|
n°30 - juillet-août 2013
amour fou, peinture rose, passion
de l’écriture, son de l’harmonica et
guitare électrique en une balance
de l’insouciance et de la folie, celles
de Betty… Puis allongez-vous dans
la baignoire de la salle de bains
loft de
Diva,
oubliez le cigare mais
écoutez la soprano qui chante
L’air
de la Wally
de Catalani, plongez
dans sa voix sublime, noyez vous
dans les lumières bleues…
« Le
bleu de
Diva
est né de la série
Opéras
glacés
du peintre Jacques Monory,
explique le metteur en scène,
car
j’aime la peinture hyperréaliste et le
bleu, tout comme celui de
L’affiche
pour le récital de Cynthia Haw-
kins,
un projet de décor pour
Diva
,
dessiné par Hilton McConnico. ».
Car si tous ses films, hormis
Roselyne,
sont des adaptations de
romans, c’est avant tout les émo-
tions, la musique et donc les cou-
leurs qui sont déterminantes chez
Beineix.
Diva,
on l’a dit, est bleu,
La Lune dans le caniveau
est un
film blafard au contrepoint rouge
sang,
37°2
est rose et bleu,
Roselyne
est rouge et or
, IP5
est vert chlo-
rophylle…
« La
Lune
,
explique le
cinéaste
est un poème sur les porte-
containers, les vapeurs de l’alcool, c’est
un opéra dans le port de Marseille
avec un travail sur les couleurs ».
Tourné dans les studios italiens de
Cinecittà et monté à Billancourt,
ce film, parfois mal compris,
« dénonce la publicité et les néons
qui habillent les villes »
. Beineix pra-
tique l’art de la subversion et de
la dérision, cher aux tenants du
Pop Art, et met en abyme le mes-
sage publicitaire
Try Another World,
matérialisé par l’affiche de McCon-
nico. Depardieu doit emprunter
la voiture, somptueuse, rouge et
décapotable, pour gagner ce monde
d’en haut qui rappelle une autre
des passions de Beineix, la course
automobile. «
La conquête du réel ne
m’intéresse pas,
ajoute-t-il,
je préfère
les puissances du faux et les poten-
tialités imaginatives de l’image... le
travail sonore qui les accompagne et
les couleurs chromatiques ».
Les lieux
de Beineix sont d’ailleurs impro-
bables et, partant, universels : un
bungalow, un port de nulle part…
une réalité transfigurée.
Jeu de miroirs
Clin d’œil à
La Dame de Shanghaï
d’Orson Welles,
Studio Beineix
présente une salle de musique
dont le piano est habillé par les
lignes du tableau de Beineix-
peintre, anamorphose conduite
par un triple jeu de miroirs. Bei-
neix-pianiste vient y jouer la par-
tition grinçante et sans fin des
Vexations
de Satie. Plus loin, les
deux cabinets des psychanalystes
de
Mortel Transfert
permettent à
l’inconscient de faire irruption :
sur le mode burlesque et angois-
sant, les divans y parlent de folie,
d’alcool, de sexe. Dans la salle
dédiée à
IP5
, le spectateur com-
munie sur grand écran avec Yves
Montand embrassant les arbres
pachydermes et initiant les deux
mômes issus du rap urbain à la
nature mystique…
Paradoxalement Beineix a pu véri-
fier à la sortie de chacun de ses
films que
« nul n’est prophète en son
pays »
et surtout pas en France.
Si une « certaine critique » l’a
ostracisé, elle n’a pas empêché
le succès
en retour
de ses pre-
miers films. C’est ainsi que
Diva
fut remis à l’affiche plus d’un an
après sa sortie grâce à l’accueil
reçu à New York et reçut quatre
César  dont celui du meilleur 1
er
long métrage spécialement créé
pour lui ! En revanche,
L’Affaire du
siècle
- une comédie de vampires -
n’est jamais sorti sur les écrans,
le film est « la baleine blanche »
de Beineix qui, après vingt ans de
travail, l’a transformé en bande
dessinée…
n
Alix Saint-Martin
Studio Beineix,
jusqu’au
29 septembre.
museedesannees30-beineix.fr
La baignoire de
Diva.
En 1986, Beineix sur le tournage de
37°2 .
©
archives
beineix
©
philippe
fuzeau
©
philippe
fuzeau
1...,38,39,40,41,42,43,44,45,46,47 49,50,51,52,53,54,55,56,57,58,...76
Powered by FlippingBook