HDS.mag n°39 - page 47

janvier-février 2015 - n°39
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avoire
n « 
travailleur frontalier 
».
C’est ainsi que Farid Berki
aime à se définir. Une
expression qui résume à
la fois sa personnalité et sa
carrière. « 
Je suis métis, ça coule dans mes
veines
, sourit le danseur et chorégraphe né en
1963 à Tourcoing d’un père algérien et d’une
mère française.
Le goût des mélanges me vient
naturellement. Je ne sais pas faire autrement. 
»
Adolescent, alors qu’il est plutôt porté sur
les arts martiaux, il découvre le hip-hop
« 
par hasard à la télévision
 ». « 
J’écoutais déjà
du rap
, raconte-t-il.
Le hip-hop, ça m’a tout de
suite parlé. Je me suis retrouvé. J’ai été sensible
à l’énergie qui s’en dégageait et aux textes. Pour
des jeunes qui vivaient dans des quartiers diffi-
ciles
– lui habite alors la Zup de La Bour-
gogne à Tourcoing
c’était une culture à
laquelle on pouvait s’identifier
. » Autodidacte,
comme tous les danseurs de l’époque, les
«
premiers pratiquants
», il s’entraîne dans son
garage avec un groupe de copains et finit par
se produire dans des discothèques et faire la
première partie de groupes de rap en France,
mais aussi en Angleterre, en Belgique, en
Hollande
«
Assez rapidement, on a été payé
pour danser et on était sûr de rentrer en boîte
,
plaisante-t-il à moitié.
C’était génial
. »
Une chose en entraînant une autre, il fonde
en 1994 à Villeneuve-d’Ascq sa compagnie
Melting Spot basée sur l’idée que « 
le langage
du corps n’a pas de frontière 
» et l’envie de
« 
repousser les limites de la transdisciplinarité
».
Dès 1995, il crée
Fantasia
, une pièce pour six
danseurs mêlant hip-hop et flamenco. Le ton
est donné. Depuis, il a collaboré avec l’Opéra
de Shanghai, le danseur étoile de l’Opéra de
Paris Kader Belarbi, des danseurs tchadiens,
des capoéristes brésiliens, des musiciens
jazz, des comédiens burlesques, un dessi-
nateur de BD
« 
L’hybridation 
», c’est ce
qu’il répond quand on lui demande ce qui
différencie son style de celui des autres. Un
point commun avec Suresnes cités danse,
dont une des idées de départ était de faire
se rencontrer des chorégraphes contempo-
rains et des danseurs hip-hop. Farid Berki
se souvient encore de sa première venue
dans les Hauts-de-Seine. C’était en 1995
pendant « 
un hiver hyper-froid 
». « 
Je venais
de monter ma compagnie et j’avais entendu
parler de cette aventure. Je suis venu avec un
de mes danseurs mais il y avait une grève des
trains. On a dû prendre des bus, on est arrivé
à Montreuil et on a marché jusqu’à Suresnes
sous la neige pendant deux heures et demie.
Quand on est arrivé, l’audition à laquelle on
voulait participer était terminée.
» Il se rattra-
pera le lendemain et sera embauché par le
chorégraphe Doug Elkins.
Vingt après, Farid Berki fait l’ouverture de
la 23
e
édition avec
Fluxus Game
, sa nouvelle
création co-produite par le théâtre Jean-Vilar,
une chorégraphie pour sept danseurs hip-
hop et un jongleur et basée sur « 
le plaisir de
danser 
». « 
Il y a trois parties dans cette pièce.
La première c’est sur Stravinsky, un compo-
siteur que j’adore. C’est plutôt dessin animé,
comédie musicale,
cartoon
. La deuxième partie
est orientée vers le cinéma et toute l’iconogra-
phie des années 70 genre
Mission impossible,
Bruce Lee, l’inspecteur Harry
avec des com-
positeurs de musiques de films. La troisième
partie, elle, sera plutôt minimaliste, festive et
baroque
 » « Je sais que tout cela ne va pas
ensemble normalement 
», ajoute-t-il après
une pause. Pour cette création, Farid Berki
collabore à nouveau avec le vidéaste qui
l’avait accompagné sur
Vaduz 2036
pro-
grammé à Suresnes cités danse il y a trois
ans. « 
Je ne considère pas la vidéo comme un
écran de cinéma mais comme un vrai parte-
naire de jeu
, explique le chorégraphe qui
aurait « 
voulu faire du cinéma, être metteur
en scène
». Il a d’ailleurs déjà participé à plu-
sieurs documentaires sur la danse. «
C’est
passionnant. Mais c’est un vrai métier. Il va
falloir que je travaille un peu
. »
n
Émilie Vast
Fluxus Game
, les 16, 17 et 18 janvier.
U
FIDÈLE À SURESNES CITÉS DANSE, LE CHORÉGRAPHE
OUVRIRA LE FESTIVAL AVEC SA NOUVELLE CRÉATION
FLUXUS GAME
LE 16 JANVIER.
Je viens à Suresnes
chaque année,
que j’y joue ou
pas. Il s’y passe
toujours quelque
chose, il y a toujours
quelque chose
à découvrir. Pour
un chorégraphe,
ici il y a un vrai
accompagnement,
une vraie
reconnaissance
de notre travail.
Depuis une
vingtaine d’années,
une relation s’est
ainsi installée avec
l’équipe mais aussi
avec le public.
On a tous pris
l’habitude de se
retrouver.
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